Voici en vidéo un reportage de 7 min sur cet évènement. Belles images garanties !
25-28 juin, Centre de parachutisme de Brienne-le-château, 50 relativeurs venus de toute la France se regroupaient pour faire des figures à 50 dans le ciel champenois.
Cet évènement aurait pu avoir pour titre :"A la recherche d'une culture perdue ...".
Depuis le début du Vol Relatif le but ultime a toujours été d'une manière ou d'une autre de s'accrocher en chute par le plus grand nombre. Ce plaisir commence dès le B2 en poche quand on cherche à sauter avec ses amis et que l'on arrive à former sa première étoile à 3 ! La nature humaine est faite de telle sorte que l'homme cherche sans cesse ses limites et cela le poussera vers ce défi de vouloir se regrouper en grand nombre en chute libre comme pour partager un moment de communion aussi furtif que futile. Qu'est-ce qui pousse l'homme volant à vouloir migrer en communauté vers le ciel pour construire tels des Compagnons du ciel des rosaces, des entrelas et autres arabesques rappelant les frontons des cathédrales finalement ?
Le Big way, comme disent les américains, c'est l'art de s'unir en nombre dans le ciel et construire des figures dont l'éphémérité appelle à un éternel recommencement. Puisque nous parlons d'eux, il faut avouer que ces américains qui ont tendance à tout faire plus grand que tout le monde, sont passés maitres dans cette discipline qu'est le Big way. Ils sont capables d'organiser des VR à 100 personnes en plein week end et de les réussir voir même de former une deuxième figure dans le même saut !
Même si La France peut se gargariser d'être l'une des nations parachutistes les plus fortes au monde, nous ne pouvons malheureusement pas prétendre être aussi développés que les américains en matière de grande formation. Il faut avouer que cette culture du Big way a périclité dans notre ciel au profit du VR4 et VR8. Du temps des gros boogies (notamment celui de l'Espace Boogie organisé par Joël Crucciani à Vichy) les grosses formations connaissaient leurs heures de gloire et il n'était pas rare de voir de belles formations à 60 ou 70 parachutistes éclore dans le ciel. Avec le déclin des gros boogies et l'émergence de manifestations moins ambitieuses, les parachutistes se sont orientés vers d'autres formats plus petits mais plus techniques comme le big way séquentiel qui ne peut guère dépasser plus d'une trentaire de parachutistes en chute pour assurer le succès d'un saut.
Heureusement il existe quelques enclaves dans notre ciel où la culture du "gros" reste présente et permet de garder un noyau de parachutistes aguerris. Le centre de Brienne-le-château est certainement l'endroit où cette culture du big way est la mieux conservée. Cette structure descendante du centre historique de La ferté gaucher a su conserver cette discipline du Vol relatif en organisant régulièrement des animations tournées vers le thème de la grande formation. Et puis parmi les relativeurs français il existe heureusement quelques grands spécialistes de la grande formation qui participent à de grands records du monde ainsi qu'à des évènements tournés vers du VR100 aux USA. Même si la capacité de réunir des moyens aériens importants est plus limité en France, il était dommage de ne pas tenter de retrouver cette culture du Big way en France d'autant que le niveau des parachutistes français permet cela.
Avec le centre de parachutisme de Brienne-le-château, nous, Véloce, avons voulu avec tous les participants redécouvrir une culture qui nous échappait irrémédiablement. Nous avons décidé de débuter par du 50 way. voici l'histoire en images de cette nouvelle aventure qui s'est déroulée du 25 au 28 juin ...
Jeudi 25 juin : Nous avons commencé par des sauts d'échauffement à 16 ou 18 afin que tout le monde puisse reprendre ses marques. L'altitude lors de ce stage était négociée à 4800 m ce qui permettait de faire quelques belles séquences à plusieurs points. L'accent était mis sur la qualité des approches, la rigueur des placements et la constance du taux de chute, qualités techniques indispensables pour réaliser des Big ways. En effet chaque individu dans une grande formation constitue un élément de la chaine, chaque place a son importance et il ne faut pas de "maillon faible". La moindre défaillance chez un relativeur peut avoir des conséquences irréparables pour la structure qui s'ébauche à 200 km/h en chute libre.
Quelques jolies figures au dessus de Brienne-le-château dont on reconnait bien les "marguerites" de l'ancienne base de l'OTAN.
Damien avait été invité l'an passé par Antoine Bich à participer à un stage Big way à Deland en Floride afin de se former au contact des américains eux même. Nous avons tout à apprendre d'eux notamment sur le plan du leadership, de la gestion humaine de tels groupes, de la plannification de tels sauts où rien n'est laissé au hasard. Sur le plan technique les américains ont aussi des protocoles bien rôdés dont il faut s'inspirer. C'est toute cette culture que nous avons voulu mettre en place lors de ce premier 50 way Big way camp à Brienne et ce en vu de futurs rassemblements de grandes formations encore plus grosses.
De la discipline il en fallait pour tenir la cohésion du groupe et on sait comment les frenchies peuvent être indisciplinés parfois ! Or ce n'était pas le cas cette fois. Tout le monde jouait le jeu et montrait une motivation et une détermination à la hauteur de l'enjeu. Nous étions 5 coachs pour encadrer cet évènement : Damien Sorlin qui est à l'origine de l'événement, Manu Ars qui faisait son grand retour parmi nous, Marin Ferré qui nous apportait son charisme d'entraîneur des équipes de France de VR4, Bruno Perrin du VR8 France 2006-2008 qui consolidait l'équipe par son savoir faire technique et moi même.
Nous étions chacun responsable de secteurs et notre rôle était d'assurer la base ainsi que d'aider à la construction de la figure au sol en apportant conseils individuels au sein du groupe.
Chaque saut était briefé minutieusement et nous ne faisions pas l'économie du fameux "dirt dive" qui consiste à coucher toute la formation sur le sol afin de mieux analyser les placements de chacun au sein de si grandes figures.
Certains se crispaient à l'idée de faire toucher le sol à leur belle combinaison ... mais ces dirt dive sont en général des moments bucoliques fort sympathiques.
Ici Marin donne quelques conseils à Gérard ("Gégé") lors du dirt dive pendant que Damien surveille le déploiement de ses troupes.
Une fois les placements confirmés on peut se relever et continuer le briefing debout. Ici Manu au centre assure la base et, pour conforter un taux de chute important, est obligé de porter 8kg de plomb.
Une fois la figure briefée il faut s'occuper de coordonner les mises en place, les sorties et le traffic d'approche.
Damien supervise la mise en place de l'un des avions. Pour mettre 50 personnes en chute il nous fallait 2 Twin otters et un pilatus. Le Twin de Brienne constituait l'avion leader donc au centre de la formation. L'autre Twin otter constituait l'aile droite de la formation et le Pilatus l'aile gauche. Une bonne mise en place à la porte de l'avion conditionne le début du saut. Il faut éviter les croisements en chute et optimiser les trajectoires d'approche de chacun.
Au sol on simule la sortie en grandeur nature avec les déplacements aussi réalistes que possible. Il faut donc courir !
On simule aussi les séparations des différents groupes pour plus de sécurité. Cette partie est aussi importante que le reste du saut. C'est une discipline à prendre dès maintenant si on veut pouvoir grossir le nombre plus tard. Et à ce moment il faut se rappeler ce que le mot Dérive signifie ! Nous utilisons les techniques des américains et en l'occurence la technique du "Tracking leader" qui consiste à donner la responsabilité à une personne dans un secteur extérieur de mener son goupe en dérive. Les personnes du secteur concerné doivent rester en formation serrée en suivant leur tracking leader pendant quelques secondes puis chacun prend la tangente pour s'éloigner le plus possible les uns des autres. Pendant ce temps le centre continue de chuter et sépare plus tard. Ce système de vagues assure une sécurité maximale à condition que les Tracking leaders soient suivis ... ca a été dure au début pour la nature impétueuse des français de respecter cette discipline ! Il faudra pourtant passer par là si l'on veut mettre plus de monde en chute.
Puis les troupes se motivent en constituant un cercle.
Damien harangue ses troupes en donnant les dernières recommandations.
Chacun écoute religieusement ... Personne ne veut se rendre responsable de l'effondrement du chateau de carte par sa maladresse ! C'est là toute la difficulté du Big way ... aucune défaillance n'est permise.
En rouge François Burgault (avec son jeune fils), l'un des pionniers de la grande formation en France. Il a participé à des tas de records mondiaux dont le premier 100 dans les années 80 et le premier 200 avec les américains dans les années 90. Sa présence lors de ce premier Big way camp était une marque de confiance et un honneur !
Autre personnage haut en couleur : Pierrot (Pierr Chalot), ancien mécano en vol chez Air France qui a, lui aussi, participé à différents records dont le premier 200 en Floride en 92 et un record d'Australie à 80 en 99.
On ne lui a pas donné le droit d'essayer sa nouvelle combinaison Parasport avec les méga booster de peur qu'il ne traverse la formation à MACH 2 !
Il faut savoir aussi que Pierrot est celui qui, à l'époque de La ferté gaucher, avait su convaincre le bureau directeur du CPS d'investir dans un Twin Otter. Il a eu raison d'insister !
Le parachute de Pierrot est le témoin d'une certaine époque quasiment révolue ... Le fameux Racer des années 90 sur lequel il était de mode de peindre ses fantasmes sur l'extracteur de secour !
Le videoman "Queplan" (Christian Planque de son vrai nom) attend son groupe. C'est lui qui faisait les images du dessus pour débriefer les approches. Notre ami Belge Fabrice Laudin (qui a pris toutes les photos en chute de cet article, merci à lui !) se mettait à niveau pour pouvoir débriefer les approches et le taux de chute de la figure.
Puis les troupes se mettent en ordre de marche direction la zone d'embarquement où les trois avions attendent les parachutistes. Ambiance !
Peux habitués à autant de monde certains ont réussi à se tromper d'avion à l'embarquement ...
Le célèbre Twin de Brienne qui, fut un temps, larguait à La ferté gaucher. Cet avion en a charrié des parachutistes de toute l'europe ! Il a même participé aux championnats du monde de VR à Gerra en 2006. Une plaque commémorative l'indique dans l'avion même ! Une autre plaque indique aussi qu'il a largué des vétérans GI lors d'un anniverssaire du débarquement en Normandie.
Son empennage arbore le fier corbeau qui rit, ancien symbole historique de la Ferté gaucher ...
Les avions s'alignent sur la piste et, au top, décollent en formation sur la gigantesque piste de l'OTAN où des B 52 prenaient leur envol.
Pendant la montée nous avions droit à de jolies images d'avion en vol en formation. Les trois pilotes ont parfaitement su maitriser cet art du pilotage et c'est l'une des clés du succès d'un Big way ! L'avion leader est au centre, les avions suiveurs légèrement en retrait et légèrement en dessous.
Le pil tel un petit frère gambadait au travers des nuages pour suivre les deux gros zincs !
Dans l'avion tout le monde se concentre d'autant que nous montons à presque 5000 m. Il faut économiser son air ...
Sur axe les paras se mettent en place. Il faut guetter le moindre mouvement chez les flotteurs de l'avion leader ...
Dès que les premiers flotteurs partent il faut y aller. Les trois avions déversent leur flot de chuteurs en trois magnifiques colonnes qui s'éparpilleront le temps de rejoindre la base.
L'approche se fait en bloquant les inerties lorsque l'on approche la base. La notion de "Stadium" mise en place par les américains avait été introduite par Damien afin de simuler des gradins comme dans un stade et ce pour obliger les paras à surveiller le taux de chute lors de l'approche finale.
Toute la difficulté réside dans la maitrise de l'approche. Une fois apponté le relativeur doit rester concentré. La figure se pilote avec l'aide de tous mais freine indéniablement et met en difficulté ceux qui arrivent en dernier, pour peu qu'ils aient oublié de freiner avant d'arriver sur la figure ...
L'ambiance était à l'orage et nous avions droit à un ciel magnifique fait de superbes nuages.
Et puis voila ce qu'il arrive lorsque les choses ne se passent pas comme prévu ... et surtout lorsqu'on se déconcentre pendant le vol.
Une erreur d'inattention et la figure peut s'effondrer à tout moment ! Et cela donne lieu à des situations insolites !
Il vaut mieux en rire mais ça fait mal au moral quand même !
Je ne donnerai pas mon avis sur la qualité des sauts. Chacun voit midi à sa porte. Personnellement j'ai été ravi et enthousiasmé. Je laisse chacun juger de ce qui était bien ou pas. On peut toujours mieux faire de toute façon mais m'est avis que ce début est prometteur !
Afin de permettre à tout le monde de progresser nous nous retrouvions dans une salle au calme mise à disposition au centre de Brienne équipée d'un grand écran. La philosophie était de ne pas systématiquement dénigrer ceux qui avaient fauté par leurs approches hasardeuses mais d'en tirer les leçons, apporter des éléments techniques permettant de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Nous voulions qu'un esprit de corps puisse naitre au sein du groupe. L'ambiance était relativement chaleureuse d'un point de vue humain même si l'ambiance atmosphérique était orageuse. En effet les orages sont venus semer le trouble dans le rythme des sauts ...
Ambiance de messe au débriefing ...
En guise d'uniforme et aussi pour récompenser tous les participants d'avoir fait des km pour nous rejoindre à Brienne, un superbe sweat shirt était offert à l'effigie de l'évènement.
Ici Paul Louis Cordier, trésorier du centre de Brienne, et Damien arborent fièrement le sweat shirt rouge. Ils sont les fondateurs de l'évènement avec madame la présidente du CPS de Brienne, Corinne Vandaele.
Petite pose Poker pendant les stand byes, le temps que l'orage passe !
Ces temps de mise à pieds étaient mis à profit pour répéter les figures. Ici un briefing indoor dans la grande salle de pliage du centre de Brienne-le-château. Napoléon aurait été fier de nous voir ainsi comme à la parade !
Un grand Merci à tous les participants de ce premier Big way camp organisé conjointement par Véloce et Brienne-le-château ! Nous étions heureux de voir se rallier à nous des vieux corsaires des airs habitués aux grandes formations ainsi que des jeunes générations heureux de pouvoir s'essayer à cette nouvelle discipline. Notre doyen avait 70 ans notre benjamin était âgé d'à peine 18 ans !
Un grand merci aussi au centre de parachutisme de Brienne-le-château qui a su mettre tout en oeuvre pour organiser toute la logistique de l'évènement.