29 | 05 | 2017

Menzelinsk 2010 : Récit d'une campagne victorieuse

Voici le récit de cette journée historique du 4 août 2010 pour le parachutisme français qui vous est relaté heure par heure. Venez revivre de l'intérieur cette épopée digne des plus beaux épisodes de l'Histoire !

Ma passion pour l'Histoire militaire me conduit souvent à faire un parallèle entre les évènements que je me propose de vous relater et quelques faits historiques. Nous étions en Russie pour des championnats du monde de parachutisme où l’on attendait des duels qui s’annonçaient déjà comme homériques entre certaines de nos équipes nationales et les délégations étrangères. Les enjeux étaient de taille et l'objectif de la conquête de toutes les médailles d'or était le leitmotiv de cette "campagne de Russie". Et c’est donc bien à la mémoire de la campagne de Russie de Napoléon que j’associerai nos tribulations sportives quelque part dans ces lointaines contrées septentrionales ... à la différence près que c'est la victoire qui nous attendait au bout !

Ah ! la victoire ... Le mot ne suffit pas pour donner un sens et une intensité émotionnelle à ce qu'elle produit comme sensation. Pour ça il faut la vivre ! J'ai toujours voulu savoir quelle sensation cela produisait de vivre un jour historique marquant, amenant les gens à sauter dans les bras des uns des autres, produisant des scènes de liesse où la clameur des hurlements de joie vous emplit le coeur d'une allégresse qui vous transporte dans un paradis moral bienfaiteur ... Et bien ce 4 août fut l'un de ces jours pour le parachutisme français. Cette date restera dans les annales du parachutisme français comme l'une des journées les plus glorieuses de son histoire ... Il y avait l'art et la manière. Ceux qui ont vécu ce moment intense pourront dire "j'y étais !". C'est pourquoi je veux vous faire partager ces instants qui résonneront dans les mémoires pour longtemps ...

Sponsor des équipes de France

Un championnat du monde bien préparé pour la délégation française

 

Pour cette saison 2009-2010 nos chances de médailles étaient justifiées par une armada d’athlètes nourris au goût de l’or qui s’étaient préparés à ce championnat du monde comme à des duels à mort dans lesquels la défaite n’était pas une option possible …  De mémoire de sportif de haut niveau, jamais la délégation française n’avait présenté un collectif aussi fort et conquérant . Et ce dans toutes les disciplines représentées. Nous savions néanmoins que ceux d’en face venaient avec les mêmes ambitions, notamment la délégation américaine qui représente toujours la force adverse la plus contraignante depuis des années.

Des enjeux de taille, des duels au sommet !

Chacune des équipes de la délégation française avait sont challenger. Le VR8 France savait qu'il aurait maille à partir avec un concurent très dangereux et solide : l'équipe américaine Golden knights qui avait eu ses heures de gloire il y a une dizaine d'année et qui faisait son grand retour avec comme intention de retrouver sa gloire passée. L'équipe VR4 France avait pour challenge de faire tomber la légendaire équipe américain Airspeed, équipe plusieurs fois championne du monde. Ces deux équipes s'étaient déjà affrontées aux championnats du monde de 2008 à Maubeuge avec la victoire en faveur de Airspeed. Ce duel au sommet prenait des allures de revanche ! Côté filles, l'équipe de France de VR4 féminine allait enfin pouvoir montrer sa force face à l'équipe anglaise notamment, championne du monde en titre. Avec une préparation efficace et intense, l'avènement de notre équipe féminine de VR4 allait enfin pouvoir arriver. En Vol relatif vertical (VRV), c'est un duel au sommet de l'art de cette toute jeune discipline issue du Free fly qui allait se dérouler entre notre équipe de France Team4speed (lisez team for speed) et l'équipe américaine qui inventa en quelque manière cette nouvelle forme de Vol relatif, l'équipe Arsenal dont l'invincibilité allait choir face à nos impétueux frenchies. En Free style, la supériorité de L'équipe de France, l'équipe Acrostyle, révélée au bout de quelques manches ne laissera plus vraiment de doute quant à l'issue victorieuse dans cette discipline.

Déroulement de cette journée historique du 4 août

Au levé du jour, mis à part l'équipe de France féminine de VR4 et l'équipe de France de Free style qui dominaient leur catégorie, les équipes de France de VR à 8, à 4 et de VRV étaient dans la tourmente au coeur d'une bataille dont l'issue restait encore incertaine. Tout allait se jouer finalement ce fameux mercredi 4 août ...

En VRV, Team4speed ne possédait seulement qu'une petite poignée de points d'avance qui ne permettaient néanmoins pas à l'équipe d'avoir un confort mental suffisant pour se permettre de se relâcher. Même constat pour l'équipe de France de VR4 qui, malgré une dextérité indéniable et une certaine supériorité technique, n'arrivait pas à creuser suffisamment l'écart par rapport à l'équipe Airspeed du fait de quelques inconstances lors des manches. Quand l'équipe de France à 4 arrivait à distancer son rival Airspeed, celle ci arrivait très rapidement à revenir au score en réalisant un saut dont elle a le secret. La veille de cette fameuse journée, l'équipe de France ne menait que d'un petit point ... pas suffisant pour assurer la victoire à trois manches de la fin ! Quant au VR8 France, la situation n'étaient guère plus envieuse à la veille de cette ultime et décisive journée de compétition ... Après avoir montré une réelle et redoutable supériorité lors de la première journée de compétition (lundi 2 août), l'équipe perdit de précieux points et toute son avance lors d'une très moyenne deuxième journée (3 août) et se couchait donc avec un désavantage d'un point par rapport aux Golden knights ... Petite avance pour l'équipe américaine dont on ne savait si elle allait leur permettre de s'affirmer dans les trois dernières manches. Il était certain que l'équipe de France à 8 n'avait plus d'autre choix que de revenir à son excellence du premier jour et ainsi remettre la pression sur l'équipe américaine qui allait probablement fournir son effort à 3 manches de la fin.

Je vais tâcher de vous refaire vivre tous les évènements dans l'ordre chronologique

3 août, hôtel, 21h30 ...

L'équipe Team4speed est en plein briefing à la veille de l'assaut final. A cette heure il reste encore deux manches. Tout peut arriver ... le meilleur comme le pire !

Quelques heures auparavant , le VR8 France se ralliait aussi à l'hôtel après sa journée plus que moyenne du 3 août pour se restructurer mentalement et techniquement autour des images vidéos. analyse des erreurs, des points forts, des points faibles ...

Pendant ce temps le VR4 France est aux prises avec son adversaire le plus redoutable : Airspeed qui arrive juste avant la nuit à arracher un point aux français qui n'ont plus qu'un point d'avance alors qu'il reste trois manches ... Le moral dans le clan français est encore bon à l'annonce de cette nouvelle mais nous savons que la journée du 4 août sera décisive ... Le VR4 FRance ne rentrera qu'à 22 h après le traditionnel voyage en bus pour rejoindre l'hôtel. Mathieu Bernier, qui fait la compétition à 8 en plus du 4 devra se lever à 5h45 le lendemain pour repartir avec son équipe à 8. En effet l'équipe de France à 8 est attendue à 9h pour commencer la compétition ... ces fameuses trois dernières manches.

A 23 h tout est calme dans l'hôtel ... La journée du lendemain va être rude pour les nerfs ...

 

Mercredi 4 août, 6h30 ...

Départ du bus pour l'aérodrôme qui se trouve à 1h15 de bus ... Pendant le voyage nous en profitons pour nous concentrer, écouter de la musique, regarder un film ou rattraper les quelques heures de sommeil qui nous manquent ... Personnellement, je ne me mis pas la pression ... Chacun de nous savait l'importance de cette dernière journée de compétition ... que l'issue serait heureuse ou malheureuse. Chacun de nous savait ce qu'il avait à faire. Pas de harangue inutile, pas de bruit, chacun resta dans sa bulle pendant le voyage. Je me mis à regarder "Disco" de Franck Dubosc ... Le disco et les très bonnes scènes me mirent de bonne humeur, m'enlevèrent toute appréhension, toute pression ... Et Emmanuelle Béart disant à son équipe disco juste avant de rentrer en scène : "l'ennemi c'est vous même" me rappella que la véritable force était en nous et qu'il suffisait de la laisser s'exprimer comme à l'entrainement. La peur est un vilain polluant qui ne sert à rien ... alors autant la chasser de nous même ! Transformons la en courage au service de l'action et de la beauté du geste.

A la sortie de l'hôtel nous rencontrions tous les jours cette belle statue de Hussard qui avait du rencontrer nos ancêtres français lors de la campagne de Russie ... Nous toisait-il du haut de sa monture ? Allions nous connaitre le même sort que les féroces grognards de la Grande armée, redoutés mais pourtant vaincus ? Je me rappelais une citation que je mis dans mon montage vidéo sur notre équipe à 8 ... "accepter l'idée d'une défaite c'est être vaincu" dite par Foch. Il restait trois sauts à faire. Rien n'était perdu et la première journée de compétition nous avait montré que nous étions pouvions être forts et redoutables pour les Golden Knights. Nous savions aussi que cela était le cas aussi pour eux ... Ne jamais sous estimer l'ennemi !

Notre mot d'ordre : ne pas avoir peur, ne pas se battre contre nous même ... ne pas se battre nous même !

Sur la route nous croisons quelques traces d'incendis ...

8h00, aérodrôme de Menzelinsk ...

L'équipe de France de VR8 arrive sur place. La chaleur est légèrement moins intense. L'air semble légèrement plus frais et respirable. Est-ce un signe ? Cela nous donnera sans doute un peu plus d'énergie que nous pourrons mettre dans nos sauts plustôt qu'à lutter contre la canicule ... Le ciel est toujours aussi blême et laiteux. Nous n'avons pas vu de véritable ciel bleu depuis quelques jours maintenant.

Dès notre arrivée nous nous rassemblons pour briefer le premier saut de la journée qui sera la 8ième manche. Il y a un bloc qui nous inverse tous. Le saut sera donc plus dure à briefer. Il y aura 12 points à mémoriser pour compléter un cycle. Nous échangeons les dernières recommandations, étudions les derniers pièges du saut, et répétons chacune des transitions 3 fois jusqu'à ce que ce soit parfait et coordonné. Manu Sarrazin, ancien capitaine de l'équipe, supervise du dessus le travail sur les planches à roulette.

Appel à 15 minutes ... nous nous équipons et nous dirigeons vers la maquette d'avion pour répéter l'un des points cruciaux du saut : la sortie. D'autant que la dernière a failli nous être fatale !

Et nous voila partis pour l'embarquement. Cette fois nous partons avant les américains. l'ordre de passage est fait dans l'ordre du classement ... A 9h45, les Golden knights sont temporairement premiers au classement et donc derniers à partir ... Sur cette manche ils ne seront pas dans l'avion avec nous. Nous nous retrouvons avec nos copains Russes qui nous encouragent dans l'avion. Ils n'ont rien à craindre de nous ... ils sont trop loins derrière nous au classement. Cette équipe Russe est constituée d'anciens champions du monde mais ils ne se sont pas assez entrainés pour être de dangereux concurents bien que nous ne les ayons pas sous estimés en début de compétition. Ils sont forts dans l'ensemble mais juste un peu inconstants. Néanmoins ils ont déjà démontré par le passé qu'ils savaient être dans la course et mettre la pression. Certains d'entre eux ont déjà remporté deux championnats du monde consécutivement !

Juste avant de partir, l'équipe Russe nous gratifie encore de beaux encouragements, se mettent en place et disparaissent dans l'éther ouatté qui constitue le ciel de Menzelinsk. En chute nous pouvons sentir les fumées qui émanent des fameux incendis autour de Moscou. Ceci explique sans doute que le ciel soit si chargé et si impur.

Ayant trop souffert de la chaleur, nous décidons de ne pas fermer la porte après le départ des Russes, pensant que nous aurions à la réouvrir quelques minutes plus tard. L'ordre de mise en place n'arrivera que 10 minutes plus tard ! Le temps d'avoir un peu froid ... ce qui ne nous était pas arrivé depuis notre arrivée ! Pendant l'attente, chacun passe et repasse le saut dans sa tête. A 3000 m nous avons fait nos "signes" deux à deux, sortes de codes silencieux et mimant de petites anecdotes propres à chaque binôme échangeant ces signes de main. Ainsi l'équipe se soude, se rallie à quelques minutes du largage.

Cette attente est sans doute due aux épreuves de Voile contact qui se déroulent en même temps que nous mais plus bas, à 2000 m. Le temps que les voiles aient dégagé l'espace aérien, nous arrivons sur axe à 4000 m dans un ciel où l'on ne distingue ni le ciel ni la terre ... Le pilote gueule des mots en russe que nous comprenons comme l'ordre d'ouvrir la porte ... en fait elle est déjà ouverte. Le pilote nous donne le feu vert pour partir. Mathieu se penche à la porte et tente de localiser la DZ juste en dessous pour confirmer le point de largage. Pendant ce temps nous nous frappons les points les uns aux autres en guise de dernier signe d'encouragement et de transmission d'influx. Puis sans prévenir Mathieu se met en place en flotteur haut. Le vidéoman lui emboite le pas puis c'ets au tour de Julien et Thomas. J'attends que Thomas soit en place pour prendre la cuissarde de Mathieu et commencer à me mettre dehors. Damien est le dernier à sortir. Le placement à la porte est primordial pour une bonne sortie et conditionne l'extraction de l'équipe de l'avion. Chaque chose a son détail. Tout le monde est concentré et vigilant. Après un check visuel sur l'équipe, Damien donne le décompte. L'équipe fléchit comme un seul homme ses genoux, la jambe droite pousse sur l'avion et l'équipe prend son envol. Ouf ! la sortie passe. Nous enchainons les figures. Le saut parait un peu lourd mais se déroule sans accros majeurs. Nous marquons 19 points comme les américains qui, par contre, sont pénalisés de deux fautes, les ramenant à un score de 17 points. A l'issue de cette manche nous repassons en tête d'un petit point. Le moral est bon.

Vidéo de la manche 8

Pendant ce temps nous apprenons que l'équipe de France de Voile contact Séquence est aux prises avec l'équipe Russe pour la deuxième place. Par contre L'équipe de France de Free style ne laisse aucune chance à ses adversaires et est en train de remporter la première médaille d'or française de cette journée. L'équipe Acrostyle fait une démonstration de force et s'impose comme les nouveaux maitres du Freestyle mondial après l'équipe de Fred et Cyril qui avaient gagné en 2008 aux championnats du monde à Maubeuge et qui sont passés dans l'équipe VRV Team4speed.

Team Acrostyle en entrainement à Gap une semaine avant le départ pour la Russie ... A droite le performer, Yohan Aby, et à gauche le vidéoman, Sébastien Chambet. Vous pourrez les rencontrer sur le centre de parachutisme du Blanc, leur centre d'origine. Yohan est un ancien trampoliniste de haut niveau. Sa dextérité sur un trampoline a su se transposer à l'air.

Et un film sur cette équipe de Free style championne du monde !

Parallèlement l'équipe française de Free fly Osmose n'arrive pas à s'imposer suffisamment face aux deux équipes américaines et l'équipe anglaise. L'équipe termine 4 ième de ce championnat du monde. L'autre équipe française Kristal n'a pu faire le déplacement pour défendre les couleurs françaises suite à une blessure de l'un de leurs membres.

Osmose en entrainement à Gap ...

Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de m'occuper de faire des photos ni des interviews de ces deux équipes lors de la compétition. Veuillez m'en excuser !

11h00 ...


Après l'annonce de nos résultats à 8, l'équipe se retrouve au complet sur le tarmac et briefe la 9 ième manche. C'est un saut rapide mais technique. Nous décidons une construction très rapide mais qui nécessite beaucoup d'attention et de technique fine. Les américains ont une construction plus basique  légèrement plus longue semble-t-il. Effectivement ... l'avenir nous montrera que notre choix était bon ! Notre saut se passe comme dans un rêve. Nous retrouvons notre talent, notre puissance et notre maitrise du début de la compétition. Peux d'évènements à gérer, le saut se met sur un rail et nous engrengeons les points. 23 points pour nous contre 21 pour les Golden knights. Nous sommes plus sereins désormais pour aborder la dernière manche qui comporte les 3 blocs les plus longs du programme, ce qui sigifie qu'il sera très difficile aux américains de nous rattraper facilement sur cette manche à moins d'un gros pépin !

Manche 9 ... la contre attaque !

 

 

12h00 ... l'assaut final

L'équipe au grand complet ... photo prise lors de l'entrainement à Gap-Tallard une semaine avant le début des hostilités.


L'heure de la finale a sonné. Nous sommes appelés pour la dernière manche, la finale, le dixième saut ... Depuis 2004, du fait des conditions climatiques hasardeuses, aucun championnat du monde n'avait pu se dérouler sur les dix manches prévues. Nous étions donc ravis d'accomplir cette dixième manche. Ces 10 sauts avaient pu permettre une compétition avec rebondissements et suspens finalement !

Le saut ne comprenait pas trop de risques malgré une transition entre deux figures relativement difficile qu'il fallait gérer calmement. Nous avions confiance en nos techniques de bloc. La lenteur du saut ne laissait que peux de chances à nos poursuivants d'espérer nous rattraper. Pour cela il aurait fallu que leurs blocs soient fulgurants et que nous ayons un gros incident pendant le saut. La probabilité d'une sortie d'avion cassée n'étant pas négligeable (cf manche 7), il nous fallait être prudent sur ce point. Le reste était largement à notre portée.

Nous sommes appelés à l'embarquement. Les membres du VR4 france sont arrivés de l'hôtel ainsi que l'équipe Team4speed et le reste de la délégation. Ils organisent une haie d'honneur dans laquelle nous passons pour taper dans les mains de nos supporters qui nous haranguent et nous exhortent à achever l'ennemi en beauté. C'est l'assaut final, la dernière charge, celle qui permettra la rupture des lignes adverses. Il fallait montrer la "Furia Francese*", fougue et courage des cavaliers aux fleurs de Lys !

*(cf bataille de Fornovo 1495)

3 points d'avance seulement nous séparaient des Golden Knights. Cette avance chèrement gagnée lors des deux précédentes manches ne nous laissait pas de quoi pavoiser et partir la fleur au fusil ! La journée d'hier nous avait montré comment il était facile de perdre bêtement des points ! L'euphorie n'était donc certainement pas l'état mental adéquat pour nous accompagner lors de la montée en avion. Au contraire, l'équipe resta très concentrée, très fermée, avec comme seule stratégie de fermer les blocs et d'enchainer les figures les unes après les autres sans impétuosité ni prise de risque inutile.

Et c'est parti pour la dixième manche ... le saut de final. L'heure de vérité a sonné !

La sortie réussie, le saut se déroula sans encombre mis à part les blocs 14 que nous ne réussirent pas aussi bien qu'à l'entrainement. Dommage, nous aurions aimé faire une petite démonstration de notre savoir faire ! Nous nous posons l'esprit tranquille. Le job a été fait. Nous sommes confiants quant au résultat. Notre avance de 3 points nous met à l'abri d'une contre attaque féroce de l'ennemi ! Les Golden knights sont d'ailleurs posés à côté de nous. Leurs visages ne montrent pas d'exaltation flagrante ... loin de là. En nous rejoignant pour la traditionnelle poignée de main de l'amitié, on nous demande si le saut a été bon. N'ayant pas fait un saut extraordinaire, nous répondons que le saut aurait pu être meilleur. L'un des membres de l'équipe américaine nous laisse comprendre que leur saut est plus que moyen ...

Photo prise lors de la dernière manche dans la nébulosité blafarde du ciel russe ... Nous sommes à quelques secondes de la victoire ...

Le public russe est venu voir les posés car ils n'ont pas accès aux tentes où sont montrées les vidéos des compétiteurs. Les policiers qui gardent les abords du terrain leur permettent de venir à notre rencontre. Nous nous livrons à des séances de photos et d'autographe. Après de chaleureuses poignées de main avec le public russe, nous nous rejoignons avec l'équipe Golden knights pour une belle photo souvenir des deux équipes.

Trempés de sueur, nous rentrons tranquillement aux tentes apporter nos équipements aux plieurs. Nos supporters nous félicitent en avance mais notre humilité et notre retenue nous défend d'exhulter avant le jugement de cette dernière manche.

Nous nous dirigeons vers la tente où sont montrées les vidéos de jugement. Manu Sarazin, ancien capitaine de l'équipe et remplacant est allé nous acheter des bières qu'il garde avec lui en attendant l'annonce officielle des résultats ... 

Les juges passent les vidéos dans l'ordre inverse du classement. Les Russes font une belle dernière manche mais sont néanmoins pénalisés d'un point. L'équipe Russe, pourtant composée d'éminents anciens champions du monde, n'a pas été un concurent sérieux pour les équipes françaises et américaines, et ce malgré quelques belles manches où ils ont su montrer un certain savoir faire. Les Russes ne se sont pas énormément entrainés cette année. Nul ne sait vraiment pourquoi ... alors que ce championnat du monde se déroulait dans leur pays !

L'équipe américaine est enfin jugée. Nous regardons cette performance avec atttention. Leur saut se déroule pas mal jusqu'au moment où une pénalité apparait ainsi qu'un effondrement qui brise le rythme du saut. Je suis peiné pour eux. Ce saut ne leur ressemble pas. Les juges rendent leur verdict : 11 points. La sentence est lourde. Certains membres des Golden knights nous avoueront plus tard qu'ils ont joué le tout pour le tout, mimant un jet de dés ... Ca passe ou ca casse ! Malheureusement ca a cassé ...

C'est à notre tour d'être jugés ... Le clan français se rallie sous la tente et attend avec impatience l'instant précieux ... celui de la délivrance, le moment où nous pourrons boire enfin ces fameuses bières !

Erwan (à droite) et Clément (à gauche) sont impatients d'en savoir plus. Ce troisième titre consécutif serait le début d'une belle Histoire (oui avec un H majuscule ...), peut-être d'une légende ?

Nous savons que notre saut vaut dans les 15 points. Nos mauvais blocs 14 nous enlèvent le 16 ième point. Un excellent saut aurait valu 17 points en 50 secondes mais à ce stade l'important c'est de remporter ce troisième titre !

Notre saut commence a être jugé ... Nous sommes à quelques secondes du verdict. Les Golden knights, certains d'avoir perdu et n'attendant aucun miracle, ne sont pas présents dans la tente.

13h30 ... mercredi 4 août 2010

Score officiel : 15 points ! Nous remportons donc ce troisième titre avec une avance de 7 points après avoir débuté la compétition en tête de 3 points le premier jour et être passé dernière l'équipe américaine à un point de retard après la deuxième journée ... Cette oscillation dans le classement a permi finalement de mettre un peu de suspens et de piment dans notre performance !

La veille je terminais mon article du jour par une citation que j'apprécie particulièrement ... "A vaincre sans péril on triomphe sans gloire !"

Nous laissons exploser notre joie, une joie contenue mais qui extirpe néanmoins quelques larmes à certains des plus aguerris ... (pas moi !).

Le pari est gagné ... L'équipe de France de Vol relatif à 8 remporte son troisième titre mondial consécutif (2006, 2008 et 2010). L'Epée est à nous ! La mélédiction est enfin levée ... La France sait gagner à 8 ! Je consacrerai un article plus spécifique au VR8 France prochainement. Pour l'heure jouissons de l'instant présent !

Fred Leroux alias "Tosh" est heureux ... 11 ans après notre victoire en équipe de France à 4 en Australie en 1999, nous voilà à nouveau victorieux ensemble ! Tous les pliages que ce personnage courageux à réalisé pour nous durant ce cycle d'entrainement d'un an et demi n'auront pas servi à rien ... Je le félicite comme un coéquipier. Il mérite autant que nous cette belle victoire ...

Peu de public pour savourer notre victoire ... nous avons réalisé notre quête en nous même et pour nous même. Le public est spécialisé et virtuel, branché derrière son ordinateur ... Nous savons que nous avons fait honneur à nos compatriotes restés en France pour suivre nos aventures sur les sites spécialisés. Nous savons depuis fort longtemps que nous ne pouvons pas compter sur les médias traditionnels qui n'ont que faire de petites gens comme nous ... conquérants de l'inutile. Mais l'Epée est à nous de nouveau et personne ne la retirera de son rocher d'ici deux années ... We are the champions ...

Et dieu que la bière fut bonne pour fêter cet instant ! L'équipe de France au grand complet avec son guide russe ...

J'ai une pensée pour ma petite famille qui sera soulagée d'une telle victoire qui justifie les sacrifices que demandent l'entrainement ... Après l'Epée de 99 que je dédiais à ma Juliette, j'étais fier de rapporter une deuxième Epée pour Capucine, chose que je n'avais pu faire en 2003 ...

Capucine juste avant mon départ pour la Russie ...

Pendant ce temps l'équipe américaine Golden knight fait son deuil dans le bois ... Cette équipe a fait montre d'une force technique indéniable. Donnée vainqueur par les sondages et forte de deux fois plus de sauts que notre équipe, l'équipe Golden knights soutenue par la US Army (Fort Bragg) a été un adversaire redoutable qui sera bien plus forte encore lors des prochaines années si elle reste sous cette configuration.

Nous décidons d'aller à leur rencontre pour boire le verre de l'amitié. Nous vidons nos poches pour aller acheter de la bière bien fraiche à leur offrir ...

En sortant du bar où nous nous sommes fournis je retrouve l'endroit où nous avions briefé nos sauts lors du début de compétition ... Je voulais immortaliser ce petit bout de Russie profonde que nos pieds ont foulé, ne sachant pas encore si nous volions vers la victoire !

Les américains sont ravis de notre initiative et nous partageons dans l'allégresse et le respect ce verre de l'amitié ... L'équipe Golden knights a toute notre admiration et ce depuis fort longtemps ... notamment depuis l'époque où cette équipe dominait la discipline en remportant 6 titres consécutifs entre 1987 et 1997. Nous devions leur rendre hommage !

 

Mais la journée ne faisait que commencer ...

14h00 ...

Pendant que nous nous congratulons, la compétition en Vol relatif à 4 redémarre pour accomplir les trois dernières manches ... Le Vol relatif vertical doit se terminer en même temps. Il reste encore deux manches ... La journée est loin d'être terminée !

Au loin, un athlète hors norme part pour une deuxième et dernière quête ... Mathieu Bernier, membre du VR8 France qui a remporté quelques minutes plus tôt son troisième titre de champion du monde à 8, part à la conquête encore incertaine de son premier titre de champion du monde à 4 avec l'équipe de France à 4 ...

1 seul point sépare l'équipe de France à 4 de l'équipe américaine qui ne se laisse pas dominer aussi facilement malgré les incursions mortelles de nos champions à 4. Après avoir pris un peu d'avance en cours de compétition et notamment lors du fameux saut de troisième manche qui amena un record du monde (cf article), le VR4 France ne pu distancer comme il se doit son adversaire principal, l'équipe Airspeed (USA) qui donnait le meilleur d'elle même pour rester dans la course que l'équipe de France menait tambour battant ...

Cette journée allait être décisive pour le destin de l'une ou l'autre équipe. La victoire se jouera à seulement quelques points c'est à dire à quelques secondes seulement ...

En même temps, l'équipe de France féminine à 4 fait sa compétition avec une écrasant domination qui ne laissa aucune chance à ses aversaires, notamment l'équipe anglaise championne du monde en titre. L'équipe de France VR4 féminin, appelée aussi Deep blue, se mesurait en parallèle aux équipes masculines de la catégorie open. L'équipe féminine française aurait terminé à la sixième place du classement open, à égalité avec l'équipe italienne Synapsi.

L'équipe Deep blue se prépare à aller à l'embarquement pour accomplir sa 7 ième manche tout sourir aux lèvres. Les filles ont fait de très belles manches et démontrent un très haut niveau technique repoussant les limites dans la catégorie féminine du Vol relatif à 4.

L'équipe de France féminine montre un niveau excellent et survole la compétition si vous me permettez cette métaphore ...

Les Deep blue en action dans le ciel Russe en sortie de Turbolet ...

Interview de la capitaine de l'équipe, Sophie Deremaux. Au préalable vous y verrez Stéphane Mistrot di pachet, videoman de l'équipe féminine et déjà champion du monde à 8 en qualité de videoman. Ne prêtez pas attention au langage quelque peu cavalier du personnage haut en couleur qu'est Stéphane ...

Voici de quoi sont capables les filles lors du saut de demi finale, ce dont nous parlait Sophie lors de l'interview. Leur score sera de 32 points soit 8 points de moins seulement que les équipes masculines.

L'équipe anglaise répète son saut sous le regard de Pete Allum l'un des plus anciens compétiteurs de ces championnats du monde (son premier championnat ... 1985 !)

L'ambiance pour le VR4 France est, par contre, bien plus grave ... l'enjeu est terrible ! Tout peut se jouer dans les quelques heures à venir ! Le suspens est à son comble et les nerfs sont tendus. Les deux équipes s'observent attentivement ... Andy de l'équipe américaine regarde droit dans les yeux ses rivaux frenchies dont la dextérité a de quoi inquiéter cette équipe au combien célèbre et redoutable (invaincus en 17 compétitions officielles). L'équipe de France à 4 sait qu'elle peut faire vasciller le géant américain. Elle l'a déjà fait et a prouvé sa capacité à vaincre notamment lors du World challenge de Bedford (équivalent de championnat du monde en soufflerie en angleterre).

Les équipes marchent vers l'embarquement la tête baissée, l'esprit concentré ... Chacun reste dans sa bulle et travaille mentalement sa prochaine performance ... La chaleur est insoutenable ... L'air est quasiment irrespirable. Les conditions sont très dures à supporter.

Quelque part au fin fond de la Russie, au milieu de nulle part, deux équipes se livrent un duel d'une intensité rarement atteinte dans ce sport depuis de nombreuses années.

Pas de quartier dans le ciel ... Chacune des deux équipes sort le meilleur d'elles même ...

Ici l'équipe de France de VR4 en plein bloc 6 lors de la 8 ième manche. Les américains réussiront à reprendre un point aux français ... A l'issue de la 8 ième manche tous les efforts des français pour mener au score les champions du monde en titre seront réduits à néant. Les deux équipes sont à égalité parfaite ... La compétition se jouera sur les deux dernières manches ... La tension est à son comble ...

Et voici la vidéo de cette manche.

L'équipe de France à 8 reste au chevet de leurs coéquipiers du VR4 France pour les soutenir moralement ... Le clan français est soudé dans l'adversité. Rien n'annonçait une compétition facile ... C'est le choc des titans !

Les membres de l'équipe à 4 tâchent de se reposer entre chaque saut afin de délivrer le maximum d'énergie à l'heure H. Il faut tenir deux fois 35 secondes désormais ... C'est à couteaux tirés ! Il ne faut rien lâcher ... pas maintenant !

 

15 h ... Le Vol vertical entre en demi finale.

Pendant ce temps, l'équipe de Vol relatif vertical à 4, les Team4speed, entrent en scène pour leur manche de demi finale. Ils sont tout près de la consécration mais dans un sursaut d'honneur l'équipe américaine Arsenal leur a rattrapé un point ne laissant plus que 3 petits points d'avance aux français qui ne veulent pas échouer si près du but !

Voici pour ceux qui ne connaissent pas ce qu'est le VRV (Vol relatif vertical)

Voici une séquence live prise au moment des faits. Vous y verrez les membres de l'équipe Team4speed expliquer leur façon de penser à quelques instants de leur dernière manche, l'ultime, celle qu'il ne faut pas rater ! Vous y verrez de même l'équipe de France de VR4 à l'embarquement pour leur 9 ième manche. L'ambiance y est très lourde ... il y a de quoi ! Parfaite égalité au bout de 8 manches ... c'est du jamais vu !

16 heure ... Le VR4 France entre en scène pour sa demi finale

Les compteurs sont à zéro ... les deux équipes rivales partent pour une nouvelle manche rapide dont les scores s'approcheront des 40 points ... Ce genre de saut rapide c'est un peu l'équivalent de la mort subite au foot ... Tout peu arriver. La tension monte d'un cran dans cette épreuve. Les américains semblent galvanisés de tenir de si près les petits frenchies qui pourtant les avaient distancés lors de la troisième manche (record du monde pour les français). L'équipe Airspeed prépare son assaut final.

L'équipe de France réalise une manche propre qui leur sera comptée à 40 points ...

Les français sont contents d'eux mais le bruit court que l'équipe américaine a fait un meilleur score avec d'éventuelles fautes. Est-ce que les juges verront ces fameuses fautes ce qui ferait l'affaire des français !

Ambiance lors du jugement de cette manche décisive ...

Jérémie Rollet du VR4 France veut connaitre l'issue de cette manche et se dirige vers la tente de jugement ... L'inquiétude est là ...

Les juges accorderont bien deux pénalités aux américains les rabaissant donc bien à 40 points ...

Les français attendent avec impatience leur jugement ...

Ouf ! Finalement les compteurs sont une nouvelle fois remis à zéro ... le championnat du monde se jouera donc sur un seul saut ... la dixième et ultime manche ! C'est la mort subite !

 

17 h ... l'heure des finales a sonné !

Le soleil décroit dans le bas azimut terne du ciel embrumé de chaleur du Tatarztan ... Il apparait rouge sang et rond comme une montre. On n' a pas de peine à le regarder fistement tellement la brume de chaleur calfeutre son rayonnement. La faible luminosité, terne et grise, rend l'ambiance encore plus tragique ...

L'heure à sonné pour l'équipe Team4speed qui part à l'embarquement le couteau entre les dents sans pitié pour son ennemi Arsenal ... c'est now ! Le team français veut marquer un grand coup, destituer les inventeurs de la discipline ... être les maitres du monde VRV !

L'équipe en pleine action dans le ciel ruskov ... Ca va vite, c'est propre et précis ...

Est-ce que ce sera suffisant ?

Ambiance au posé de l'équipe ...

Et même inquiétude lors du jugement jusqu'à ce que ...

7 points ... la victoire de l'équipe de France de Vol relatif à 4 vertical est belle. Une victoire sans conteste ! Le clan français exulte. C'est la troisième médaille d'or de la journée pour le clan français qui en attend encore deux ... L'énergie est porteuse.

 

18h00 ... L'avènement de l'équipe de France féminine de VR4

Les filles de l'équipe de France sont à l'orée d'une victoire écrasante sur ses adversaires ... C'est le fruit d'un travail acharné sur deux années pendant lesquelles l'équipe Deep blue a su se remettre perpétuellement en cause avec une volonté délibérée de challenger les équipes masculines, ce qui leur permit de franchir des barrières techniques qui leur donne cette invincibilité lors de ce championnat du monde 2010 ...

Les Deep blue à l'embarquement lors du départ pour leur manche de finale

Voici le saut des filles lors de cette ultime manche.

Et je vous invite à partager leur joie au posé de cette dernière manche qui clôt une compétition parfaite ... Moment de bonheur ...

C'était la quatrième médaille d'or de la journée pour la France ... Il ne restait plus qu'à attendre le dénouement du duel entre l'équipe de France de VR4 et l'équipe américaine.

18h30 ... L'ultime combat

L'appel au micro est lancé ... "15 min call for team France and team USA". L'échéance vient d'arriver à son terme. C'est le moment de vérité. Deux années d'entrainement intensif ... aux USA, en France dans le Nord Pas de Calais et dans les Hautes-Alpes, en Espagne, en République tchèque, tous ces lieux où le ciel a accueilli ces 5 jeunes hommes passant en trombe à travers les nuages, gesticulant une chorégraphie mystérieuse, si rapide, si labile que l'on ne peut à peine distinguer la forme des figures que composent les 4 hommes en noir casqués. Au départ de l'avion, chaque figure compte pour un point. Après 9 sauts, les deux équipes ont exactement le même nombre de points. C'est une situation encore jamais rencontrée dans l'histoire des compétitions internationales de VR4. Ce duel restera dans toutes les mémoires comme l'une des plus palpitantes compétition de l'histoire du parachutisme international.

Les deux équipes sont concentrées comme si leur vie ou leur honneur en dépendait. Comme disait François 1er à l'issue de la bataille de Pavie "tout est perdu ... sauf l'honneur". De ce combat il ne peut sortir qu'un seul vainqueur. Mais du vainqueur ou du vaincu l'on retiendra le courage et la détermination qui rend définitivement le geste beau et l'honneur sauf d'avoir participé au plus beau des combats. L'esprit du sport est respecté à la lettre.

Pour l'équipe de France l'enjeu est de taille. Le clan français n'attend plus que cette médaille pour clore une journée en or. Les équipes de France de VR4 ont inscrites par 6 fois les noms de leurs athlètes sur le trophée Excalibur par le passé (87, 89, 91, 93, 99, 2003 ...). L'Epée doit revenir à la maison !

Et puis Mathieu Bernier, déjà couronné de son troisième titre de champion du monde de VR8 quelques heures plus tôt, veut aussi cette épée qui consacre les champions du monde à 4 ... Ce serait la quête absolue, le sacrement, l'accès au Graal ... Le clan français est de tout coeur avec lui et ses coéquipiers pour accomplir cette quête encore jamais réussie par tous ceux qui avaient voulu s'y aventurer ...

Dans quelques minutes, ces parachutes, déjà témoins du saut le plus rapide du monde, seront endossés pour l'ultime saut ...

 

Voici une petite séquence tournée pendant que l'équipe de France prépare ce fameux dernier saut sur les planches de simulation dans la salle ... La lumière est faible, l'ambiance lourde et grave. Les images ne sont pas très bonnes mais vous vivrez les derniers instants de l'équipe de France avant d'aller affronter l'équipe américaine qui rêve de conserver son titre ...

Jérôme David, l'entraineur national, apporte des informations quant au précédent score des américains et l'équipe réalise qu'elle n'a plus qu'une seule chance de vaincre. "Tout va se jouer sur le dernier saut" retentit comme une sentence dans l'oreille de chacun ... Mathieu, Julien, Jérémie, Guillaume et Olivier gardent un sang froid absolu. Il n'y a plus de raison d'avoir peur. Il n'y a plus de calcul à faire, plus de temps pour penser, plus de compromis ... Il faut vaincre ... c'est tout.

Mark Kirkby, l'un des membres de l'équipe américaine déjà multi champion du monde depuis 1995, me confie qu'il n'a jamais connu pareille situation en compétition à 4 et semble tout excité à l'idée de participer à ce jour historiqe pour le parachutisme international. Mark est un grand compétiteur. Il a autant gagné que perdu. Il sait que l'issue est plus qu'incertaine pour lui et son équipe. Il restera fair play quoiqu'il arrive. Il me l'a déjà montré lors des championnats du monde de 99 quand notre équipe à 4 venait de battre son équipe, l'empêchant par la même occasion de réaliser le fameux "doublé historique" que Mathieu s'apprète à réaliser (si Dieu le veut). "Nous avons sans doute été un peu présomptueux !" me dit-il en m'offrant le tshirt que lui et ses coéquipiers voulaient porter en cas d'éventuelle double victoire (a 4 et à 8). Mark est un grand parmi les grands et comme je le disais plus haut (ou plutôt François 1er !), même si tout est perdu, son honneur restera sauf ! Il souhaite d'ailleurs en fin d'interview bonne chance à l'équipe française ... et venant de lui la sincérité est réelle. L'esprit sportif est, là aussi, respecté à la lettre.

L'appel est enfin donné. L'équipe de France s'équipe et se dirige vers la maquette d'avion pour une ultime répétition sous le regard grave de leur entraineur Marin Ferré qui suit cette équipe depuis 4 ans maintenant.

Voici en images cette séquence live ...

L'équipe se donne les dernières consignes ... Pendant ce temps les supporters s'alignent et forment une haie d'honneur pour saluer une dernière fois leurs héros qui entrent en lice ... français ou américains. L'instant est magnifique quoiqu'il advienne et personne ne s'y trompe ... il va y avoir du spectacle ! Et c'est ce qui est beau dans le sport ... Vaincre sans péril c'est triompher sans gloire !

Vivez avec nous ces instants magiques ... prélude d'un grand spectacle qui terminera cette journée en apothéose !

 

Les deux équipes disparaissent dans la brume de chaleur ... Le turbolet fait enrager ses deux turbines et décolle péniblement dans le ciel glauque des plaines pré-sibériennes du Tatarztan. Le soleil qui peine à éclairer ces instants cruciaux de l'histoire du Vol relatif à 4, sera le seul témoin du fabuleux duel que vont se livrer nos héros dans l'éther blaffard et moite au dessus de nos têtes ... Un soleil voilé par le brouillard ... cela me rappelle un certain soleil à Austerlitz non ? Heureuse association d'idée présageant la victoire ? Un an au par avant, les équipes de France, de retour en bus de la Coupe du monde en République Tchèque vers l'aéroport de Vienne, étaient passées aux abords du champ de bataille d'Austerlitz (j'étais le seul à l'avoir emarqué ... tout le monde dormait dans le bus ...). Ca c'était un heureux présage ! Mais il restait toujours cette histoire de la déplorable campagne de Russie ... Allez ! encore une dernière victoire et nous pourrons rentrer chez nous glorieux en étant fiers d'avoir participé à La campagne de Russie ! On pourra dire "j'y étais !". Et ajouter : "Veni, vedi, vici !

Après une attente interminable, les deux équipes font éclore leurs parachutes et se posent. Chaque équipe se regroupe pour discuter les sensations de chacun. De toute façon les dès sont jetés ... Les supporters arrivent pour prendre des souvenir de cet instant à marquer d'une pierre blanche. Pour l'instant le secret de la victoire est bien gardé sous format numérique au fin fond des caméras des deux vidéoman de chaque équipe ...

Pour l'heure les jeux sont terminés. Chaque équipe se congratule mutuellement. Craig Girard, le leader emblématique de l'équipe américaine, semble confiant et se félicite d'une telle compétition au suspens aussi improbable. "That was good man !" dit-il en tapant les mains qui lui sont tendues en guise de réconciliation fraternelle. Ce gars c'est une légende ... et il n'abdique certainement pas l'honneur d'être une cible !

Vivez ou revivez cet instant de délivrance avant le verdict final ...

La nuit est en train de tomber ... Jérôme accompagne Olivier Hénaff, le vidéoman de l'équipe de France de VR4, vers le lieu où les vidéos des sauts sont enregistrées sur DVD pour servir au jugement. Il espionne d'un oeil discret la vidéo de l'équipe américaine et, à l'aide d'un chronomètre discrètement placé dans la main, il compte le nombre de points des américains sur le temps de jugement officiel qui est de 35 secondes. Il compte en première vision non officielle 23 points ... Jérôme, double champion du monde à 4 et entraineur national depuis 1996, a suffisamment d'expérience pour scorer une performance dans cette discipline. Il compte non officiellement 26 points pour l'équipe de France ... Le coeur battant et remplit d'une joie contenue, il informe l'entraineur de l'équipe de France, Marin Ferré, de ce score qui reste néanmoins non officiel. Cela correspond aux bonnes sensations qu'avaient eu l'équipe de France à 4 juste à l'atterrissage ... Personne ne crie encore victoire. Seuls les uges ont le pouvoir d'officialiser un score.

Je n'ai malheureusement aucune photo ni image vidéo de ce moment magique et si intense. Laissez moi vous raconter par les mots ce qui arriva à cet ultime instant de la compétition ...

19h30 ... le jugement dernier

La tente de jugement se retrouve rapidement pleine de compétiteurs désireux de connaitre enfin l'issue de ce duel entre les français et les américains. Les murmures vont bon train. On se perd en conjectures. Les bruits cours ... mais pour l'instant rien n'est officiel. Les regards sont portés sur les écrans plats en fond de salle qui retransmettent les images vues par les juges que les vidéoman de chaque équipe leur a rapportées. Les visages du clan français sont fermés, attendant la nouvelle officialisée par les juges. La nouvelle des scores non officiels a déjà fait le tour du clan français et peut-être même celui du clan américain ... mais pour le moment tout repose sur l'impartialité du jugement.

Le saut de l'équipe américaine arrive enfin par électrons projetés sur l'écran plat que des centaines d'yeux scrutent avec ferveur. La salle retentit d'un grand murmure de bienséance et de sévères chutoiements appelant au calme afin de profiter pleinement du spectacle qui va s'offrir aux compétiteurs ébahis par ce suspens ... L'image fixe apparait, laissant apparaitre les incrustations relatives à l'identification de la manche et de l'équipe en jugement. L'équipe américaine se projète hors de l'avion. Les coeurs se mettent à battre. Le chronomètre démarre son implacable égrenage du temps qui délimite l'espace temps dont dispose les équipes pour sortir le grand jeu.

Le saut des américains parait fluide, solide, virtuose ... Le score est officialisé : 23 points comme compté par Jérôme ... L'inquiétude grandit dans les rangs français ... Et si Jérôme s'était trompé en comptant ? Le saut des américains parait imbattable ... et pourtant Jérôme aurait compté 3 points de plus ... Un vent de panique s'instaure. On s'interpelle, on s'interroge, on n'y croit plus ... "t'es sûr d'avoir bien compté ?!" Jérôme est livide. Les mains tremblent. Le coeur s'embale. Il faut vite savoir !

Mathieu est devant moi ... les épaules baissées, les mains tenues ... son regard noir est d'une gravité extrême. Nous avons du mal à ouïr les hourras poussés par les supporters américains qui croient que ce score sera imbattable. L'équipe américaine aurait annoncé que cette compétition se terminera au play off par un saut de départage.

L'écran projette enfin l'image de 4 silhouettes noires marquées d'une flêche blanche. C'est l'équipe de France à 4 qui se tient à la porte du Turbolet pour son ultime combat ...

Le saut démarre à peu près comme celui des américains. Le bloc 22 s'engage bien dans le souffle de la sortie d'avion mais ne tombe par directement dans les mains. Une légère pose avant que le rythme ne s'engage définitivement ! Les figures du premier cycle sont avalées rapidement. Le saut commence a rentrer dans sa phase d'assaut. Le début du deuxième cycle arrive enfin avec son bloc 22 ... De mémoire de compétiteur à 4, je n'avais jamais vu un bloc 22 tourné aussi vite. Julien Degen aurait dit avant le saut à Guillaume Bernier (le frère de Mathieu) de bien s'accrocher aux jambes car il ne ferait aucun compromis dans ce bloc ... Effectivement le cater se mit à à tourner comme jamais on n'avait vu ... Peu enclin à des exhubérances vocalistes, je ne pu réfreiner un cri de rage poussé envers l'ennemi. Je venais de comprendre que Jérôme ne s'était pas trompé ! Mathieu eu peur de ce cri qui lui venait de derrière. Plongé dans un état second, il ne réalisait pas encore que la "Furia francese" était en marche. Après la vision du bloc 22 du troisième cycle qui confirmait la virtuosité de l'équipe de France à 4, c'est tout le clan français qui voscifére comme une horde de guerriers allant à la charge. Tout le monde comprend que le saut parfait était en train de se dérouler sous nos yeux et que la victoire approchait ...

Les images défilent, les coeurs battent, des cris fusent, la clameur monte dans l'assistance qui frémit, chacun retient son souffle jusqu'à l'ultime image qui se fige sur l'écran, arrêtant les 4 silhouettes dans leur élan ... Le décompte des points, légèrement en retard par rapport aux figures réalisées par l'équipe du fait du temps de latence inhérent au système de validation du jugement, se met à jour et affiche le fameux 26 points tant espéré ! Les bras se lèvent, le clan français exulte, de la bière vole en éclat, les voix se déchirent ... Il faut tempérer la joie car le jugement n'est pas encore officialisé. L'écran s'éteind et fait réapparaitre les carrés rouges indiquant l'état de validation de chaque juge. Chaque petit carré rouge tourne au vert. Ca y est ! Le jugement est validé par le collège de juge. L'écran laisse alors apparaitre le tableau de jugement avec au bout le résultat définitif ... 26 !!!!!!!!!!

Cette fois c'est officiel. Le clan français hurle de bonheur, s'égosille, s'embrasse. On se serre les poitrines, on soulève les héros, on les acclame, on les arrose. Les flash des appareilles crépitent, projetant une lumière stroboscopique irréelle ... Je distingue le visage soulagé et heureux de Mathieu qu'il avait préalablement enfermé dans ses mains après l'annonce du score, laissant défaillir ses jambes qui le tenaient à peine mais empêché de choir par tous les bras qui l'aggripaient pour le porter en triomphe, lui et ses cohéquipiers. Tous les visages sont humides, souillés de champagne, de bière ou de larmes ...

La quête est terminée. La victoire est totale. 5 victoires la même journée. Une journée historique ... qu'il fallait que je vous raconte ...

Les épées sont de retour à la maison !

Troisième victoire consécutive pour le VR8 France ... L'Epée qui avait été oubliée (cf l'affaire de l'Epée dans l'article Le jour d'avant) a finalement fini par arriver !

Reconquête de l'Epée du VR4 ... Après 87, 89, 91, 93, 99, 2003, l'Epée est de retour à la maison en 2010 !

L'Epée du Vol relatif à 4 féminin est à la France désormais ...

 

Pas de Trophée pour les disciplines du Vol relatif Vertical ni le Free style mais la marseillaise a rententi comme jamais, marquant deux belles victoires au palmares des équipes de France lors de cette fameuse journée du 4 août.

L'équipe Team4speed connait son avènement ...

 

Et une ère glorieuse s'ouvre au tandem Yohan Aby et Sebastien Chambet ...

Et puis il y a l'exploit ... celui de Mathieu Bernier qui devient le premier parachutiste au monde à remporter un double titre de champion du monde en Vol relatif pendant la même compétition. Ce sera le héro de cette campagne de Russie ...

Le clan français lui rendit hommage comme il se doit ... ! Chacun se fit prendre en photo auprès de "l'homme aux deux titres en or" !

Cette moisson de médaille d'or est significative du bon fonctionnement des systèmes mis en place dans le haut niveau du parachutisme français. Quand bien même faut-il faire face aux problèmes budgétaires (le parachutisme est un sport cher au cas où ne vous vous en étiez pas rendu compte ...), la culture de la victoire et la motivation des athlètes qui font fi de toute forme de bourgeoisie sportive permet au sport parachutiste français de dominer ses adversaires.

Que le mouvement sportif français se rende compte que certains sports moins médiatiques que d'autres sont capables de porter l'étendart français au firmament ... Laissons les enfants gâtés de certains sports continuer à se ridiculiser !

L'histoire de cette journée s'achève. Cette aventure humaine, je l'ai partagée avec tous mes frères d'armes (présents ou non d'ailleurs) avec qui nous nous sommes connus enfants pour certains. J'ai eu l'occasion de faire un championnat du monde et de le gagner avec des gens de coeur que j'ai vu quasiment débuter dans la compétition et que j'ai eu l'honneur d'accompagner au début de leur carrière sportive. Participer à cette journée historique avec eux restera l'un de mes meilleurs moments  de ma vie.

Et pour finir, je ne contradirai pas le duc de Wellington, grand vainqueur de Waterloo, qui s'exprima en ces termes à l'issue de la bataille : "Quoi de plus mélancolique qu'une victoire ..."

Elle rend effectivement mélancolique, notamment quand ça ne semble intéresser personne (je m'adresse aux médias et à ceux qui sont sensés les attirer ...). Mais une victoire c'est aussi le beaume de l'âme qui rend le sens des couleurs à la vie.

Personnellement je savoure cette victoire en mon fort intérieur, content de n'avoir pas failli pendant la bataille. Nuls besoins de bravos ni de hourras ... Ma seule reconnaissance sera que vous ayez apprécié cet article et pu ainsi partager un peu ces moments historiques !

Et moi de me dire : "j'y étais !"

 

Martial Ferré

Copyright Véloce parachutisme / août 2010

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