24 | 04 | 2017
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Big way camp Strasbourg 2014

 

Le deuxième entrainement officiel pour Zerecord, le projet de record français de septembre a eu lieu fin mai à Strasbourg. 33 parachutistes se sont rassemblés sous la bannière de Martial "Maréchal Berthier" Ferré pour un entrainement spécifique aux techniques du Big way. Recit !

 

Entrainement difficile, guerre facile ...

Malgré le nombre et l'enthousiasme national soulevé par l'annonce du projet Zerecord, il nous fallait vérifier que les prétendants au record soient à jour de leurs techniques de vol en matière de sauts de grande taille (Big way dans le jargon parachutiste) et donner l'occasion aux plus jeunes de découvrir cette discipline relativement peu connue dans le ciel français. La série d'entrainements proposée a pour but d'offrir aux personnes inscrites une chance d'acquérir une culture Big way indispensable au succès du record en septembre. Elle a aussi pour but de voir en action les futurs participants au record dans de multiples situations pour essayer de révéler quelles sont les valeurs de chacun.

Ma philosophie concernant ces entrainements est moins l'idée de sélectionner ou non les personnes selon le nombre d'erreurs commises en action que de relever plutôt les qualités et les défauts de chacun afin d'avoir une idée précise de son potentiel humain et technique pour anticiper son placement dans l'édifice du 100.

Organiser ce 100 sera comme jouer à un jeu de stratégie (dit "en coopération") et dans lequel nous disposerons de cartes à jouer de différentes valeurs que nous devrons placer judicieusement pour compléter l'édifice. Construire la figure que nous allons proposer fait appel à une stratégie de construction où certaines compétences seront demandées comme par exemple la vitesse, la précision, la solidité, le taux de chute, l'ancrage, le freinage, la dérive etc ..., toutes sortes de compétences indispensables sur lesquelles tous ne sont pas égaux. Charge à nous de placer idéalement chacun à l'endroit où ses qualités seront utiles.

Toutes ces compétences doivent être instruites aux participants au cours des stages afin de créer une belle corporation de futurs bâtisseurs de cathédrales célestes !

 (Briefing terrain par Pascal avant le début des opérations)

Le Rhin m'est témoin ...

A l'instar du camp de Boulogne en 1805,le camp de Strasbourg a été le lieu et l'instant de grandes manoeuvres dignes de nos ancêtres de la Grande armée. Faire et défaire, réussir et se tromper, apprendre et désapprendre, se remettre en cause à chaque instant, chercher la difficulté, ne pas baisser le moral quand vient l'échec et calmer l'euphorie après un succès, tels furent les thèmes de cet entrainement de Strasbourg. Et pour mettre ça en oeuvre, je tâchais de simuler des situations caractéristiques du Big way que les relativeurs auront à rencontrer en chute.

Le plan était d'utiliser nos deux Pilatus Porter et le Cessan Caravan que nous avions à notre disposition pour réaliser des sauts à plus de 30 afin d'étudier les maneouvres d'approche, les techniques de construction en Hélix et les techniques de construction de tracking teams pour la séparation.

(Schéma créé par Martial Ferré pour expliquer la mise en oeuvre des tracking teams)

Le plan était aussi d'utiliser le moindre stand bye météo pour travailler fondamentalement les connaissances des techniques du Big way afin d'intégrer sa culture. Par chance la météo nous a permis de beaucoup sauter en nous laissant toutefois une petite heure pour se mettre devant l'écran pour un petit séminaire de culture Big way. J'en ai profité pour montrer des vidéos de record à 200 où la technique en Hélix a été utilisée (CSR 200 way), ainsi que des documents expliquant la philosophie du vol en big way (stadiums, radials, méthodologie des briefings, visualisations etc ...). Mais l'on a beau faire tous les plus beaux discours du monde et les comprendre, rien ne vaut l'expérience et la bonne vielle méthode du "essai-erreur' d'où l'on apprend bien plus que dans les meilleurs manuels de vol !

Les gros nuages du jeudi 28 mai ne nous ont pas permis de lancer la flotte des trois avions (2 Pilatus Porter et 1 Cessna caravan) en l'air. Nous nous sommes donc cantonnés à travailler sous forme de groupes à 12-13 où les exercices proposés simulaient les constructions d'Helix et où je vérifiais que la notion de "Stadium" était bien comprise ainsi que les mises en oeuvre de tracking teams. Chaque détail était passé au peigne fin afin de faire la chasse aux mauvaises habitudes. C'est mon côté ancien champion du monde: apprendre à travailler le détail pour aller chercher l'excellence. J'ai tâché d'imposer à mes stagiaires ce que je m'impose à moi même. Le souci du détail et une méthode pour réussir à chaque fois. Rien ne doit être laissé au hasard. J'aime assez l'image que Craig Girard donnait de tels sauts. Celle où chacun apporte sa petite carte sur un immense château de cartes toujours plus haut et fragile et donc toujours prêt à s'écrouler au moindre trémoussement. Si on le bouscule parce que l'on ne fait pas attention aux détails, tout s'écroule.

Effet Papillon

Tout comme dans la nature elle même, un petit effet insignifiant d'un côté de la figure peut avoir des conséquences désastreuses de l'autre côté par phénomène de propagation. Le moindre grip pris de travers, ou avec un peu trop d'inertie, ou pas à niveau était immédiatement pointé du doigt afin d'éveiller les consciences et susciter l'esprit du "parfait".

(Séance de débriefing, à la chasse aux imperfections ...)

 

Rester humble

Les jours suivants nous ont permis de mettre en route ce pourquoi nous nous étions donnés rendez vous : faire du 30. Enfin les choses sérieuses pouvaient commencer et tous les petits exercices réalisés la veille pouvaient enfin être mis en application en conditions réelles de Big way. Car même si le nombre (34) ne peut pas paraitre impressionnant de nos jours, pour certains ce chiffre commençait à devenir significativement gros. Nous allions pouvoir rentrer dans le vif du sujet et travailler à balles réelles ...

Le premier saut à 34 fut une belle réussite avec tout le monde apponté. Saut quasi parfait avec comme structure centrale celle qui a été choisie pour le saut à 100. Le reste composait des embryons des Hélix. Ce saut fut tellement encourageant que je décidais de tout changer. Les places, la structure ... tout ! Le but étant de multiplier les expériences de chacun et de pousser les participants à se créer leur propre challenge en allant voler dans des zones d'inconfort. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ! Et les sauts se succédaient mélangeant succès et insuccès, ramenant l'humilité de chacun à un seuil idéal pour devenir un parfait futur recordman de France. Les sauts étaient entrecoupés de séances de débriefing où chaque détail était traqué.

(travail des mises en places dans l'avion)

L'un de mes objectifs principaux était, au delà de la technique, de préparer mentalement et humainement les participants à se confronter à des situations de challenge, de stress et de pression. La nature impétueuse des frenchies se devait d'être parfois canalisée et nous avons travaillé les techniques de travail en groupe rapportées de l'organisation P3, certes un peu fastidieuses pour des frenchies de nature peu encline à respecter les règles de discipline, mais néanmoins efficaces pour aborder sereinement les sauts.

Ainsi nous travaillâmes les sauts avec toute la méthodologie et la discipline de sauts à plus de 100 même si nous n'étions que 34. Je vous passe les détails du protocole. Vous apprendrez à l'apprécier le moment venu !

Esprit record

Ainsi le stage était résolument porté sur de la mise en scène et de la simulation de record. Le but était de simuler les conditions amenant à des stress et de la pression afin d'aguerrir les participants à ce qu'ils auraient à endurer lors des tentatives de record. Ce petit jeu fut très bien accepté et fort bien joué par tous. D'ailleurs, l'occasion nous fut donnée le dimanche matin de jouer en grandeur nature à ce que serait le pire des scénarios que voici : il ne reste plus qu'un seul saut à faire avant la fin des tentatives. Le record n'est pas validé. C'est la dernière chance. Pression bien évidemment ... Il faut gérer.

(dernière recommandations avant le coup d'envoi)

Or donc, ce fameux dimanche matin, le ciel un peu chargé nous interdisant tout vol en formation, nous commençâmes par refaire quelques sauts de travail en petites unités de 12-13. Je sentais, y compris moi, la petite déception dans le coeur de ces vaillants skydivers qui avaient goûté la veille aux joies des "gros sauts" et qui souhaitaient en découdre encore. C'est alors que le ciel s'ouvrit, nous donnant l'occasion d'un seul essai avant que le groupe ne commence à se disperser et rentrer dans les chaumières. Il ne fallait pas manquer cette occasion de remettre les trois avions en l'air et de marquer la fin de ce stage par un saut magique. Je m'empressais, bien évidemment de décrire ce scénario cité plus haut, histoire de mettre dans l'esprit du groupe un petit avant goût de record et de challenge. Tout le monde comprit la nature du jeu et se mit dans l'état mental réclamé. Pression positive.

C'est alors que je pus voir avec bonheur toute cette joyeuse troupe se mobiliser pour que tout puisse réussir. Le briefing fut d'un sérieux olympien, les petits secteurs s'encourageaient, se motivaient, se congratulaient. La messe était dite. Chacun n'avait plus qu'à faire son job, et le faire parfaitement. La méthode, chacun la connaissait puisque nous l'avions répétée durant les trois jours précédents.

(une dernière chance. Ne pas la manquer ... Pression ?)

Et le saut fut une belle réussite. J'y ai vu de très beaux stadiums, de belles approches, des appontages solides et précis, de belles séparations en groupes de dérive (tracking teams). J'étais fier de mon groupe qui venait de me démontrer que nous ne faisions pas cela en vain et que la culture Big way venait de prendre dans l'esprit du groupe.

(exemple de schéma créé par M. Ferré)

 Verdict ...

Au débriefing, je sentais que l'humilité était présente parmi le groupe qui n'osait pas ou plus se prononcer quant à la bonne qualité du saut. Peut-être étais-ce du au fait que je voyais le mal partout lors des sauts précédents et qu'ils savaient que j'étais difficile à contenter ? Et j'eu toutes les peines du monde à faire dire au groupe que effectivement c'était un bon dernier saut et que j'y voyais tous les ingrédients de la réussite d'un futur record. La mission était réussie. Chacun avait su mettre en oeuvre la méthode pour réussir. C'était le but du stage.

(séquence briefing !)

Ne pas se relâcher

Le stage se terminait avec la satisfaction d'avoir pu travailler pleinement avec un groupe dévoué et motivé sur la méthode à suivre pour réussir un saut de grande formation. De mon côté, j'étais satisfait d'avoir pu voir ce groupe en action et repérer les qualités de chacun. Car comme je le disais plus haut et comme je le dis au groupe lors d'une harangue finale, nous voulons que chacun ait un rôle à jouer dans ce projet et nous recherchons plus en chacun les qualités que les défauts.

Mais il faut se rappeler que tout, en matière de sport, n'est qu'une éternelle remise en cause. Il faut continuer à travailler car rien n'est définitivement acquis. Et que l'humilité est l'une des meilleures caractéristiques des champions.

(instructions à la porte de l'avion, travail des mises en place)

 

Les Freeflyers sont nos amis

Vous vous souvenez peut-être que j'avais émis l'idée que nous serions amenés à faire appel à quelques troupes légères venues du monde du free fly. En effet j'avais déjà été témoin de leur efficacité (théorique) en termes de vitesse de descente en piqué et de leurs qualités de dériveurs. Et bien cette théorie s'est encore démontrée à mes yeux à Strasbourg. Nous avions dans nos rangs un jeune Freeflyer doué (que j'écrase allègrement sur la photo du groupe ci-dessous pour bien montrer qui c'était le chef :) qui m'a parfaitement démontré que ma théorie fonctionnait. Fabien Duperrier me montrait de très bonnes qualités en tant que dernier piqueur notamment. Lui même me confia qu'il était ravi de faire ce genre de sauts car il avait l'impression d'en faire 3 en 1 en associant le piqué, l'appontage et la "track" (dérive dans le jargon freefly !). Nous avons déjà un petit bataillon de "chevaux légers" inscrits à Zerecord sur lesquels nous pourrons compter je pense pour faire les fermetures de lignes dans les axes les plus lointains. Associés à quelques Grognards de la Garde VRiste, ils devraient nous faire du bon travail dans les zones septentrionales du 100 Zerecord !

Prochains rendez-vous

Les prochains rendez-vous seront à Maubeuge en juillet et à Pujaut mi août. A Maubeuge, deux Caravans attendent une cinquantaine d'inscrits. Ce stage se déroulera malheureusement seulement sur deux jours. Espérons que ces deux jours seront riches en sauts et que la météo soit clémente pour permettre aux stagiaires de s'entrainer suffisamment.

Le dernier stage, celui de Pujaut, sera crucial car ce sera le dernier officiellement. 4 Caravans y seront disponibles pour faire des sauts à plus de 40 sur 4 jours. A ne pas manquer !

 Merci à tous et à très bientôt pour de nouvelles aventures avec Zerecord !

Martial "Maréchal Berthier" Ferré

Le 11 juin 2014